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Les Spectacles de la Foire.
prcmi gainier chez le lieur Ferret, maître gainier à Paris, chez lequel il demeure cul-de-fac Beaufort, paroiffe St-Leu et St-Gilles : Lequel nous a rendu plainte contre le nommé Nicolet le cadet, joueur de marionnettes, établi actuellement à la foire St-Laurent, et contre un quidam nommé Gen­darmé, foit que ce foit fon nom propre ou celui de fa qualité, et nous a dit qu'il y a environ deux mois le plaignant eut un différend affez férieux avec ledit Nicolet le cadet et fon frère aîné ; que leur querelle s'éleva fur les bou-levarts derrière le jeu defdits Nicolet ; qu'ils en vinrent aux prifes au point que lefdits Nicolet frères tirèrent tous deux l'épée fur le plaignant qui fe défendit contre eux avec une canne qu'il avoit à la main, quc ledit Nicolet l'aîné caffa en deux parties ; que quelque tems après ledit Nicolet l'aîné entra en compofition et promit de lui payer fa canne cn partie ; qu'hier, fur Ies neuf heures du foir, ledit plaignant étant avec le fieur Berthier, peintre, à fe rafraîchir chez le nommé Droux, limonadier à la foire St-Laurent, ledit Nicolet le cadet aborda ledit André et demanda à lui parler : A quoi le plai­gnant lui répondit qu'il le laiffât tranquille et qu'il oublioit le paffé. Sur quoi ledit Nicolet le cadet preffa ledit plaignant de fortir de la foire avec lui, lui difant qu'il avoit quelque chofe de particulier à lui dire ; que ledit plaignant, ne s'attendant à rien moins quc de recevoir de nouvelles infultes dudit Nico­let le cadet, fut dans la dernière des furprifes de voir ledit Nicolet lever l'épée fur lui plaignant fitôt qu'ils furent hors de la foire en lui difant : « Il y a affez longtems que je t'en veux, il faut que je te f.... mon épée dans le ventre. » Qu'icelui plaignant s'eft défendu du mieux qu'il a pu contre ledit Nicolet avec une canne qu'il avoit ; que ne pouvant pas fuffire à fa défenfe, il s'eft auffi fervi de fa main gauche pour parer les coups redoublés que ledit Nicolet lui fourniffoit avec beaucoup de vivacité ; de façon que, prêt à fuc-comber fous les coups dudit Nicolet, ledit plaignant a été bleffé au bras gauche en différens endroits ; qu'à force de défenfe le plaignant a forcé ledit Nicolet cadet de fe retirer ; qu'auffitôt ledit Gendarme a remplacé ledit Ni­colet et eft venu pour fondre fur ledit plaignant. Lequel dit Gendarme fe mettant en devoir de tirer l'épée fur lui, le plaignant a été affez heureux dc faifir l'épée dudit Gendarme, qu'il a caffée en deux et dont il a jeté les mor­ceaux ; que le plaignant, content de fe voir délivré, s'en eft retourné auffitôt chez le fieur Ferret. Et comme ces excès de la part defdits Nicolet frères et dudit Gendarme ne font connoître que trop le deffein prémédité qu'ils avoient formé d'affaffincr le plaignant ct qu'il y a lieu de craindre qu'ils ne prennent de nouvelles précautions pour le mettre à deffein, le comparant eft venu nous rendre la préfente plainte.
Signé : Antoine André ; Thiot.
(Archives det Comm., n- 5041.)